CORONAVIRUS, le retour du care ?
Vivre le temps du coronavirus remet en cause des fondamentaux idéologiques qui se voulaient immuables : donner la priorité au confinement sur le déplacement, privilégier le statique sur le mouvement, prendre conscience de notre fragilité potentielle, plutôt que magnifier les gagnants... Ces retournements laisseront des traces.

Au-delà des drames, des morts, des hospitalisations, des angoisses, des incertitudes, d’une désorganisation du système de soin et de nos habitudes, vivons-nous le retour du care ? D’un seul coup, la question de la santé redevient une question de santé... Pas juste une question budgétaire... La santé redevient LE sujet majeur. On découvre la nécessité d’un personnel soignant hyper impliqué et de disposer de forces humaines compétentes et en nombre. Sans doute que les Français et les professionnels du soin s’en souviendront lorsque la grande crise sera passée. Il s’agira aussi de penser une autre organisation moins administrative, des normes moins rigides, des équipements en santé mieux adaptés, des personnels de soin et d’accompagnement mieux soutenus et plus nombreux, des coopérations entre structures plus opérationnelles, de revoir cette opposition datée et inefficiente entre sanitaire et médico-social...

 

Mais beaucoup plus largement le changement concernera la question du care. La saturation des services de réanimation montre bien que le cure a besoin d’être soutenu – et reste un enjeu majeur d’une politique de santé publique. Pour autant, la (re)découverte du rôle majeur des professionnels du soin ou la prise en compte du nombre de personnes âgées fragilisées devant être protégées, marque le retour d’une culture du care. Une culture qui passe par des moyens nouveaux et - plus encore - une considération renforcée pour les métiers du soin et de l’accompagnement. Une considération, y compris pécuniaire, pour les activités et actions concernant la santé et le bien-être des personnes. 

 

Plus encore, l’incitation, d’abord, l’obligation, ensuite, d’attention à soi pour ne pas contaminer les autres, renvoie directement à cette éthique de la sollicitude, qui peut être une définition de l’esprit du care. Le care c’est aussi la notion de « soin mutuel ». Être attentif à soi c’est bien ce qui a été demandé à chacun pour combattre à son niveau la propagation du virus. D’une certaine manière, la pandémie en imposant la conscience de l’autre, recréé du commun, donne, au moins à une partie de la population, le sentiment d’un destin collectif. Et si la pandémie allait nous permettre d’inventer ensemble la société solidaire de l’attention bienveillante ?

 

Serge Guérin, président du Conseil scientifique de la Fondation Korian pour le Bien-Vieillir, professeur de sociologie à l'INSEEC GE.